Professeur de physiologie

 Professeur de physiologie

Spécialiste de l'environnement extrême.

Henri Marotte, 74 ans, est spécialiste de physiologie humaine en environnement extrême, responsable de l’enseignement de la médecine aérospatiale à l’université de Paris, membre du Conseil médical de l’aéronautique civile et consultant sur les systèmes d’oxygène embarqués.

Encore aujourd’hui, le professeur Henri Marotte se souvient du visage éberlué de ses parents lorsqu’il leur a annoncé vouloir faire des études de médecine après le bac. Issu d’un milieu d’artisans, sa vocation était d’autant plus surprenante qu’il allait également pratiquer l’aviation peu de temps après. En effet, admis à l’École de santé militaire de Lyon, il est à la fois rattaché à la faculté et élève-officier du service de santé des armées. Henri mène de front des études de médecine, scientifiques, plus un brevet de pilote. Grâce aux militaires, il a découvert le parachutisme, puis s’est inscrit dès qu’il l’a pu dans un aéroclub. À 24 ans, il devient docteur en médecine et pilote ; nous sommes en 1972 et il obtiendra sept ans plus tard son doctorat ès sciences. En 1973, Henri entame ses années de service. Il a choisi l’armée de l’Air et se retrouve d’abord affecté comme médecin à la base aérienne de Dijon puis au centre médical du Centre des essais en vol (CEV) où il soigne personnels et familles.

L’année 1977 et son entrée au laboratoire de médecine aérospatiale du CEV marquent un tournant dans sa carrière car il quitte le secteur de la médecine de soins : la médecine de soins traite l’homme dans un environnement normal, la médecine aéronautique a pour objet l’homme normal dans un environnement qui ne l’est pas : nous étudions quelles sont ses conséquences – manque d’oxygène, froid, dégagement de bulles d’azote, accélérations… – sur un organisme sain. Nous sommes là dans les limites de l’adaptation humaine. »

Henri s’occupe au départ de physiologie thermique et de rythmes biologiques avant de prendre la responsabilité du laboratoire hautes altitudes du CEV, qui possède notamment pour ses essais un caisson pouvant monter jusqu’à 30 000 m. Parmi les missions du labo : la mise au point et la certification d’équipements de vol et de la recherche. Son premier travail en ce sens fut de participer à la certification du système d’oxygène de l’Alphajet. Agrégé en physiologie et ergonomie aérospatiale en 1982, à 34 ans, Henri débute en parallèle sa carrière de professeur à la fois dans le service de santé des armées et dans les différentes universités concernées. En 1990, il devient médecin-chef du CEV : poste en partie administratif, mais qui lui donne l’occasion d’intervenir comme expert dans des enquêtes lors d’accidents ; il s’est notamment intéressé aux CFIT (Controlled Flight Into Terrain), accidents sans perte de contrôle. Il s’agit ici de physiologie sensorielle : « L’interface homme/machine est complexe… ».

Expert dans civil

En 2004, arrive la fin de son activité dans l’armée. La transition est aisée car Henri conserve la direction de l’enseignement de médecine aérospatiale, qu’il assumait depuis 1999 et il reste membre du Conseil médical de l’aéronautique civile (CMAC). Il continue à intervenir, cette fois en tant que consultant, notamment sur les systèmes d’oxygène embarqués. Depuis 1990, il est et reste membre de la « Society of Automative Engineers » et de son comité « Aircraft Oxygen Equipment », dont le principal objet est d’établir des normes, d’abord à destination de l’autorité de l’aviation civile américaine, la FAA, puis pour l’EASA. La réglementation évolue et les challenges industriels se renouvellent, notamment face au besoin de faire des économies et face à la transition énergétique. « L’oxygène est dangereux à transporter et nécessite une installation lourde : moins on en a à bord, mieux on se porte. » Mais ces défis ne concernent pas que l’aviation commerciale.

L’autre spécialisation d’Henri est donc la physiologie aérospatiale. À ce titre, il intervient aussi bien auprès des constructeurs que des usagers. L’évolution des avions a ainsi des impacts sur le corps humain, par exemple le passage du CAP 10 à l’Extra avec des mises en accélération plus élevées (lire l’article du numéro de mai). Prochainement, il va faire une conférence sur l’hypoxie modérée d’altitude, à destination principalement des pilotes de planeurs qui n’embarquent souvent pas d’oxygène à bord alors que leurs appareils grimpent vite et haut. Son expérience en tant que pilote, mais aussi passager, car il a eu l’occasion de beaucoup voler dans sa carrière, lui permet de mieux appréhender et expliquer son sujet. Un autre conseil selon lui pour savoir parler du corps humain dans l’environnement extrême qu’est l’aéronautique, serait de commencer par la médecine : « Les bons chercheurs sont avant tout de bons médecins, car ils raisonnent naturellement de façon plus globale. »

Partager l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *