Tester des avions légers et des jets d’affaires
Gérald Ducoin, 53 ans, est pilote d’essais d’aviation générale chez iAero – i2A, une société de services aéronautiques, spécialisée notamment dans les essais en vol.
Son père est pilote privé. Grâce à lui, Gérald découvre l’aviation, vole, pratique le modélisme. C’est un univers qui lui plaît et lorsqu’on lui demande de réfléchir à un métier, c’est la voie qu’il choisit. À 17 ans, il est breveté pilote privé avion, à 18, hélico, à 19, pilote professionnel… Gérald trouve un poste dans une société de travail aérien pour faire de la photographie, où il va rester 6 ans. Entrepreneur, il rachète à Christophe Robin un Delta Dyke, un avion de construction amateur innovant, construit dans l’usine Robin, qui a connu déjà deux crashs malgré ses 9 h 00 de vol totales… Gérald le remet en état, le fait sponsorisé et vole en démo au Salon du Bourget en 1997. Une prouesse qui lui vaut d’être rappelé par Dyn’Aero pour piloter ses MCR. Il est embauché, devient instructeur un an plus tard, en 1998, pour pouvoir faire les vols de démonstration. Il fait également les vols de développement, de réception, forme les clients…
Dans les années 2000, Christophe Robin envisage de certifier le MCR. Il propose à Gérald de faire un stage à l’École du personnel navigant d’essais et de réception (EPNER). Celui-ci saute sur l’occasion. « On ne t’apprend pas à piloter : si tu es ici, c’est que tu sais faire… On t’enseigne des méthodes pour évaluer les risques et mettre en place des solutions. C’est beaucoup d’analyse, de raisonnement. On t’invite à penser différemment et, surtout, à connaître ton aéronef, à être à son écoute, à le respecter : tu n’es pas qu’un simple pilote, tu sais comment il est construit, il fonctionne… Tu le vois autrement, surtout avec le temps et l’expérience. »
En 2001, c’est le point de départ de sa collaboration avec François Vignon, avec qui il monte iAero pour proposer au marché de l’aviation légère un pilote automatique et l’APIBOX, un enregistreur de vol qui a depuis connu plusieurs évolutions. En 2002, Gérald quitte Dyn’Aero et se consacre à société, tout en proposant ses services en tant que pilote d’essais d’avions, à pistons ou turbine, toujours dans l’aviation générale. Il va travailler au fil des ans avec de nombreux constructeurs et équipementiers.
Ses missions sont diverses, entre vols de démo, de réception, de remise en service, convoyages… Il participera aussi au développement de plusieurs aéronefs, impliqué dès le stade du bureau d’études. « Le pilote d’essais fait gagner du temps au constructeur, car il sait ce qui marche ou pas. Il peut aussi être de bon conseil d’un point de vue réglementaire et donner son avis. Un exemple est l’utilisation de l’appareil qu’il faut prendre en compte. Des commandes de vol très efficaces, avec un pilotage nerveux, parfois brutal, n’ont pas leur place dans un avion conçu pour le voyage où il faut aussi penser au confort des passagers. » Gérald intervient aussi dans des programmes de certification de moteurs, d’équipements comme une nouvelle hélice, échappement, freins, etc. Cela peut être un changement d’ergonomie à l’intérieur de la cabine, une augmentation de la taille d’un réservoir, etc. « Il y a beaucoup de bon sens et de l’anticipation permanente dans mon métier. »
Une véritable confiance s’installe avec le constructeur qui confie au pilote d’essais un prototype. Il ne faut pas subir la pression, notamment lorsqu’arrivent les essais en vol avec, bien souvent, du retard à rattraper. Pour Gérald, ce métier nécessite plusieurs qualités : sérénité, rigueur, humilité… « Ce n’est pas parce que l’on est un bon pilote que l’on connaît tout. Par exemple, voler en montagne nécessite une expérience particulière ou encore pour amerrir un hydravion. Il m’est arrivé de faire quelques stages pour maîtriser un environnement, voire parfois de dire non à un vol. » Aujourd’hui, Gérald a aussi des appels pour piloter des avions électriques, des eVTOL… « Souvent, les gens pensent qu’un pilote d’essais aime prendre des risques, c’est faux, puisque l’on met tout en œuvre pour les éviter ! Pour ma part, ce qui me plaît dans ce métier est d’arriver à comprendre un avion, de ne pas le subir, mais, au contraire, d’être devant la machine. »
Ce portrait est extrait du magazine Aviation et Pilote, premier mensuel indépendant français d’information sur l’aviation générale, qui traite également de l’aviation commerciale et de l’aviation d’affaires à travers ses rubriques: 12 numéros par an + 1 hors-série dédié aux formations et métiers de l’aérien. Aviation et Pilote est aussi organisateur du Salon des formations et métiers aéronautiques.
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