Le contrôle non destructif

 Le contrôle non destructif

Sonia Kochlef-Oueslati, 45 ans, est responsable de l’unité cleaning et contrôle non destructif de la direction moteur d’Air France Industries KLM Engineering & Maintenance.

Sonia est diplômée de l’École nationale supérieure des Arts et Métiers (ENSAM) en 2001. Durant ses études d’ingénieur, son intérêt pour l’environnement industriel l’a poussé à diversifier ses expériences lors de ses stages et cette curiosité la conduit à postuler chez Altran pour devenir consultante. Mais avec les attentats du 11 septembre vient la crise. Sonia se lance dans un mastère spécialisé dans l’organisation et la gestion de production. Pour son projet de thèse, elle intègre Air France Industries où elle doit définir et mettre en œuvre le réaménagement d’une unité de production moteur. Jusqu’ici passagère, elle découvre ce qu’est la maintenance et son importance. Elle associe désormais à l’aéronautique les notions d’excellence et de communauté : « J’ai rencontré des gens dont la passion était contagieuse ». Son MS en poche, toujours consultante, elle est envoyée en mission, mais son passage chez AFI lui a donné envie de davantage s’investir dans l’entreprise. Elle démissionne et, en 2004, elle est recrutée par Safran Aircelle en tant que responsable méthodes sur la ligne de production des nacelles d’A320. Quelques mois plus tard, AFI la rappelle.

Sonia entre chez AFI en 2005 comme responsable méthodes de son unité basse pression. Elle changera plusieurs fois de fonction. On lui proposera d’abord la responsabilité d’un projet majeur d’industrialisation d’un nouveau produit, de l’étude à sa mise en œuvre. Il sera suivi d’un autre programme pour l’intégration d’un système d’information permettant le suivi du flux de maintenance de l’ensemble de la direction moteur. Ensuite, Sonia passera responsable méthodes logistique, un poste qui l’amène sur la gestion des stocks, mais qui, selon elle, est toujours lié à la production avec un important volet économique.

Fin 2017, Sonia souhaite davantage manager. Elle est retenue pour prendre la tête de l’unité cleaning et contrôle non destructif (CND). Ici, Sonia découvre de nouveaux métiers qui demandent des compétences très techniques, liées à la fois aux sciences et à l’industrie aéronautique , très réglementées dans la majorité des cas et souvent peu connus du grand public. « Le cleaning et le CND sont deux spécialités différentes, mais complémentaires concernant les pièces moteur. Il faut d’abord préparer leurs surfaces : le nettoyage peut être chimique, mécanique. Beaucoup de moyens sont engagés, notamment matériels. Les pièces passent alors au contrôle non destructif qui consiste à vérifier leur intégrité, sans les dégrader, au moyen de différentes méthodes ; les défauts détectés sont invisibles à l’œil nu. Il est ensuite décidé de les réparer ou de les remplacer. » Parmi ces techniques, on peut citer le ressuage, la magnétoscopie, l’ultrason, la radiographie, la thermographie, les courants de Foucault… Une équipe dédiée de contrôleurs interviennent spécifiquement sur des pièces avionnées ou sur la structure même de l’avion, par exemple, pour vérifier l’absence de défaut sur une zone d’impacts de foudre.

Au global, l’unité de Sonia emploie 80 personnes, dont une cinquantaine de contrôleurs CND. « Ce sont des profils difficiles à trouver. Les contrôleurs sont souvent en formation. Pour chaque méthode, il y a un contrôle annuel et, tous les cinq ans, leur certification est remise en jeu. En plus de la rigueur, ce métier nécessite donc une certaine humilité : les techniques et produits évoluent et il faut savoir se remettre en question. » AFI recrute à l’extérieur, mais son sourcing majeur vient de l’apprentissage : des jeunes avec une mention complémentaire CND, des licences pro CND, etc. Certains choisissent aussi de se reconvertir grâce à la montée en compétence offerte par l’entreprise. Du côté du cleaning, les profils sont plus diversifiés, scientifiques et pas nécessairement aéronautiques. Plusieurs employés viennent de la pétrochimie, de la parfumerie, avec des diplômes de type BTS Pilotage de Procédés, bac pro PCE, licence pro Chimie et Physique des Matériaux, etc.

Pour Sonia, le CND est une activité intéressante avec une veille permanente, causée par des mutations comme le passage du métallique au composite. En tant que responsable, elle participe au Conseil d’Administration de l’AFENDA FrANDTB où des professionnels se rencontrent plusieurs fois par an pour imaginer le futur du CND en Aéronautique aux côtés des constructeurs et des autorités réglementaires. Ce sentiment d’appartenir à une communauté, qu’elle avait apprécié à ses débuts, s’est confirmé tout au long de sa carrière.

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