Défendre les aéroports régionaux
Fanny Charles, 46 ans, est directrice générale de SEALAR, gestionnaire de six plateformes aéroportuaires en France.
Les débuts de Fanny Charles n’ont rien à voir avec l’aéronautique. Après un bac général, elle s’inscrit en DUT Techniques de commercialisation, puis en école de commerce. En 2003, diplômée, elle s’envole vers l’Australie pour y travailler durant un an grâce à un Working Holiday Visa. Elle tombe amoureuse du pays et lorsque, après un bref retour en France, elle a l’occasion d’y retourner pour intégrer le call center d’Air France, elle refait ses valises. Son métier consiste au départ à répondre au téléphone pour prendre les réservations et échanger les billets pour toute l’Asie Pacifique. Après quelques mois, Fanny intègre son bureau des ventes, puis elle prend un poste de marketing sur l’Australie, et sur toute la région. « L’aéronautique est une industrie assez ouverte, en tout cas dans le milieu commercial. J’y ai découvert un milieu très riche et j’ai eu la chance de représenter ma compagnie nationale à l’étranger. »
De la compagnie aérienne à l’aéroport
Fanny rentre en France en 2012 et souhaite se diriger vers l’aéroportuaire. Vinci Airport l’embauche en tant que responsable du développement aérien sur l’aéroport de Rennes. En parallèle, elle va aussi compléter un MBA Executive sur 18 mois pour « se mettre à la page ». Sa mission principale est d’ouvrir des lignes. Pour cela, elle identifie des lignes, détermine leur potentiel, cible une compagnie et la démarche pour lui vendre non seulement une ligne, mais également une destination. « Le terrain de jeu d’une compagnie aérienne, c’est l’Europe, et elles ont l’embarras du choix en matière des destinations. Il faut leur prouver pourquoi la ligne qu’on leur propose va marcher. Le travail est à la fois technique en analyse de potentiel pour aller chercher la compagnie, mais il a aussi lieu sur le territoire. Pour faire ce métier, il faut aimer le temps long : ouvrir une ligne demande entre trois et cinq ans. La ténacité est importante. »
Travailler pour les aéroports régionaux
En 2022, Fanny a l’opportunité de rejoindre SEALAR, alors toute jeune entreprise, en tant que directrice du développement et de la communication. À l’époque, celle-ci exploitait trois aéroports : Vannes, Poitiers, le Havre. Il faut y ajouter aujourd’hui : Rouen, Caen, Deauville, plus Morlaix, en partenariat avec la CCI. La mission de Fanny consiste alors à installer la marque sur le territoire, à chercher de nouveaux appels d’offres et, en parallèle, à développer le trafic aérien des plateformes acquises. « Ces terrains ont des trafics différents : de l’aviation d’affaires, générale, militaire, du service aérien… Je rencontrais les usagers pour connaître leurs besoins, mais aussi les entreprises alentours… Les aéroports régionaux demandent beaucoup de présence sur le terrain et nécessitent de développer des partenariats en dehors de ceux que j’ai pu faire par le passé avec les compagnies aériennes. Les interlocuteurs sont très différents et les discours s’adaptent. »
Du développement à la direction
En 2024, on lui propose le poste de directrice générale qu’elle accepte. « À mes débuts, j’ai cherché à consolider l’équipe, notamment parce qu’on était sur l’appel d’offres pour les aéroports normands. Mon rôle ensuite était de mener la société et de prévoir son développement pour la faire grossir. Nous sommes une petite équipe, dix salariés – quatre au départ –, au niveau de la holding qu’est SEALAR. Nous venons en soutien de nos aéroports au niveau du support, sur les plus gros projets, mais l’opérationnel pur est directement géré par leurs directeurs et leurs équipes. »
« Les plateformes ont toutes des atouts différents et il est important de travailler autour des spécificités de chacune. On gère, par exemple, quatre aéroports normands sous une délégation de service public, mais avec quatre contrats de concession et quatre collectivités différentes qui ont réussi à mettre en place une stratégie de développement commune pour ne pas mettre leurs terrains en compétition. À Caen, il y a du trafic commercial, mais à Rouen, plus proche de Paris, l’aéroport accueille des entreprises de travail aérien ou des vols sanitaires qui seraient plus difficiles à opérer s’il y avait des lignes régulières. Au havre ou à Deauville, les vols sont davantage saisonniers. Toutes ces petites plateformes sont des outils de service public indispensables à l’intérêt général et en dehors du commercial. C’est aussi cela notre rôle en tant que concessionnaire : les défendre. »
Ce portrait est extrait du magazine Aviation et Pilote, premier mensuel indépendant français d’information sur l’aviation générale, qui traite également de l’aviation commerciale et de l’aviation d’affaires à travers ses rubriques: 12 numéros par an + 1 hors-série dédié aux formations et métiers de l’aérien. Aviation et Pilote est aussi organisateur du Salon des formations et métiers aéronautiques.
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