L’Evasan et le transport d’organes en Piaggio
Élisabeth Kristensen, pilote professionnelle et commandante de bord, dirige également la compagnie Oyonnair spécialisée dans l’EVASAN et le transport d’organes. Son altruisme et son professionnalisme sont des qualités très appréciés en interne mais également auprès des dirigeants d’aéroports. Il est à noter que la compagnie compte 30 % de pilotes femmes.
Tout a commencé après un banal vol découverte offert à 15 ans par son père. Et, depuis, Élisabeth Kristensen, 43 ans, a tracé sa voie : elle est aujourd’hui pilote professionnelle, responsable de formation et surtout dirigeante de la compagnie Oyonnair, basée encore pour un temps à Lyon-Bron, mais qui migrera bientôt à Grenoble. Cette petite compagnie joue un rôle important dans la vie : elle est spécialisée dans l’Evasan et le transport d’organes grâce à sa flotte de 10 appareils. Elle effectue également un peu de fret et de vol à la demande.
Ce premier baptême de l’air a eu lieu au Danemark pendant ses vacances ; ses parents sont danois, comme son nom le laisser entendre. Quand elle redescend du PA-28 de circonstance, elle n’a qu’une remarque : « Voilà, voler, c’est ça que je veux faire ». L’histoire ne sait pas si son père avait le sourire en voyant sa fille dessiner sa voie professionnelle, mais une nouvelle « vérification » à son retour en France a achevé de sceller son projet de vie. C’était à Lyon Bron et la phrase a été la même…
Elle démarre assez vite sa formation privée au sein de l’aéroclub du site et on lui finance le brevet de base, une licence restreinte qui permettait, à l’époque, de voler à 30 nautiques autour de son terrain d’apprentissage. À 16 ans, elle vole jusqu’à Mâcon avec sa mère comme passagère. Un an plus tard, elle obtient le TT, l’ex-licence de pilote privé. Au sein de l’association, on lui explique que l’ENAC n’est pas la seule voie pour être pro… En septembre 2001, au moment de s’inscrire au Creufop (aujourd’hui disparu), les Twins Towers s’écroulent. Cela n’entame pas la motivation d’Élisabeth… Sur les bancs de la fac, elle savoure son année de théorie de la licence de pilote de ligne, car elle travaille en groupe avec toute la promo. Après ses 14 certificats passés en plusieurs fois, elle reste dans la quiétude du bord de mer pour la pratique au sein d’Envol 2001 (également disparue). Entre Cessna 177 et Beech 95, l’enseignement est fluide et… au bout d’un an, elle fait une pause, retourne à Lyon pour réalimenter son budget. Elle sera vendeuse de pop-corn et travaillera au club. En 2006, son cursus est complet : CPL/IR/ME/MCC.
Safety pilote chez Flowair en attendant
Elle envoie des CV partout sans recevoir autant de réponses. Elle a toutefois la chance de continuer à voler en safety pilot pour Flowair, sac de sable comme elle l’évoque en rigolant. Dans le même temps, juste avant la crise des subprimes, elle passe une sélection chez JetFly. Après la phase d’évaluation théorique, elle poursuit sur la pratique qui consiste, en fait, en un vol réel lors d’un vol de mise en place, un procédé assez peu répandu. Dans la foulée, elle commence sa carrière. C’est presque inespéré, quand on sait qu’après 2008, la situation sera beaucoup plus difficile.
Elle est évidemment follement heureuse en pilotant des Pilatus PC-12. Son terrain de jeu est toute l’Europe entre aérodromes ouverts à la CAP (circulation aérienne publique) et plateformes privées, liées aux clients. Premier job et déjà une multitude de lieux à découvrir. On ne peut pas rêver mieux pour débuter. Au bout de deux ans, toutefois, l’appel de la ligne est plus fort avec cette pensée que c’est le moment ou jamais… Elle a un peu peur que l’aviation d’affaires ne la happe définitivement. À tort, bien sûr. Elle passe les sélections d’une compagnie suisse, Flybaboo, qui exploite des Dash 8, l’équivalent canadien de l’ATR.
Cette fois, c’est un changement de machine avec une QT CS-25. Elle vole toujours en Europe, mais avec PNC et passagers derrière. Elle va même se poser sur des terrains demandant un peu d’expérience : la Môle et London City… Mais Flybaboo qui tablait sur un service haut de gamme va subir l’arrivée des lowcost. Au fil du temps, l’effectif PN se réduit de 160 à 12. Élisabeth part en 2011 avant la fin. Elle va connaître une période de chômage à un moment où l’emploi pilote est presque en panne sèche.
Embauchée en deux jours comme captain
Elle est contactée pour un contrat en Mongolie, sur Dash 8. Au moment d’accepter, Elisabeth croise au restaurant, en décembre 2012, le dirigeant d’Oyonnair. Il cherche un captain. Deux jours plus tard, elle vole sur un Beechcraft en guise d’évaluation et elle signe son contrat comme « direct entry captain » après le vol.
C’est l’époque où les vols sanitaires sont réorganisés sous la férule des agences régionales de santé. Oyonnair remporte le premier appel d’offres national, tout le pays est quadrillé, sauf Paris qui fait l’objet d’un dispositif particulier. La suite est un peu comme un conte de fées : elle est donc commandant(e) de bord sur Beech 90 et 200, puis rapidement pressentie pour un poste d’adjointe au responsable désigné de la formation des équipages (RDFE). À l’époque, la flotte comporte de deux Beech, un Cessna Mustang et un Citation CJ2. Elle passe sur jet et c’est tant mieux, ils font moins de bruit. La compagnie en possédera quatre, mais la pratique du terrain en Evasan montre qu’ils sont mal adaptés. Pourtant, ils volent environ 500 heures par an entre l’Europe et le Maghreb.
Oyonnair est une petite compagnie où l’agilité est un facteur de promotion. Lorsque se présente l’occasion de donner des cours, Élisabeth, qui a toujours aussi voulu être instructrice, se porte volontaire. Elle s’était toujours dit : « Je serai instructrice quand j’aurai des choses à partager ». Avec ses 2 000 heures de vol dans trois compagnies, le moment est venu. Élisabeth est la bonne collègue et montre une participation active au sein d’Oyonnair.
Souriante, volontaire, pro, ses qualités lui ouvrent les portes et elle devient chef pilote en 2015. Cette même année, la compagnie investit dans des Piaggio Avanti ex-Pan Européenne. Cela amuse Élisabeth : quand elle était chez Jetfly, elle s’était préparée à recevoir des Piaggio que la compagnie d’aviation d’affaires envisageait d’acheter. Cela ne s’est pas fait, mais elle avait déjà fait du simu et potassé les manuels de vol. Pour Oyonnair, elle fera donc partie du « noyau dur » : ces pilotes en charge de la réception des appareils et la mise en conformité avec l’exploitation. Elle forme également les équipages.
L’appareil se révèle parfait pour le job. La cabine est large et, surtout, il est toujours produit et suivi, un grand avantage pour la compagnie. Le CJ2 sort de flotte et la compagnie achète un simulateur Mustang implanté au Bourget. Élisabeth va également participer à cette installation et, dans la foulée, l’entreprise met en place l’ATO pour former les pilotes à la QT Mustang, Piaggio et aux formations récurrentes. La compagnie recrute et infléchit la tendance nationale du taux de féminisation. Élisabeth est partout : elle vole beaucoup et elle est aussi responsable de l’école de pilotage. La charge lui paraît un peu lourde ; alors, quand, après sept ans de compagnie et de décollages dans la nuit, on vient la chercher pour être commandant de bord sur Global Express XRS, la catégorie des jets d’affaires qui traversent la planète, c’est l’occasion de parcourir le monde, mais également de valider la partie pratique de sa licence de pilote de ligne. On est en 2020 mais la crise COVID stoppe vite l’aventure, elle ne fera que cinq vols. Après cet épisode trop court, elle revient au sein d’Oyonnair pour quelques vols COVID en free-lance, puisqu’elle vient d’être maman.
On lui propose le poste de DG
Six mois après, Élisabeth réintègre définitivement la compagnie où on lui propose le poste de directrice générale…
Au-delà de cette fonction, elle a le sentiment de faire un métier passion qui a du sens, surtout au contact des malades et des gens fragiles qu’elle transporte. De plus, l’ambiance est familiale. Ses nouvelles attributions la conduisent à gérer la partie communication avec les clients, tout en continuant à piloter le recrutement. Et, sur ce point, Oyonnair peut se targuer d’avoir dans ses rangs un tiers de pilotes femmes, dix sur les trente du staff. Elle veille également à donner une chance aux jeunes pilotes. Il y a deux ans, elle découvre l’IFURTA et ses diplômes. Pour mieux occuper le poste de directrice qui a été créé pour elle, Élisabeth passe un DESU MATA pour être plus à l’aise, notamment dans ses relations avec les responsables d’aéroports et dans ses fonctions managériales.
Quelle pourrait être la suite ? Sans doute un poste de PDG de la compagnie, mais elle veut continuer à voler, car c’est là son vrai métier. Dans quelques semaines, il y aura le déménagement vers Grenoble dans des locaux neufs avec de l’espace pour l’atelier de maintenance, il sera écologique…
Élisabeth est omniprésente, très appréciée de son staff de pilotes auquel elle appartient indubitablement. Depuis deux éditions, Oyonnair tient un stand au salon du Bourget, l’occasion pour Élisabeth d’expliquer, un sourire permanent aux lèvres, au milieu de son escadrille, les contours de son job.
Ce portrait est extrait du magazine Aviation et Pilote, premier mensuel indépendant français d’information sur l’aviation générale, qui traite également de l’aviation commerciale et de l’aviation d’affaires à travers ses rubriques: 12 numéros par an + 1 hors-série dédié aux formations et métiers de l’aérien. Aviation et Pilote est aussi organisateur du Salon des formations et métiers aéronautiques.
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