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Ancien pilote hélico de l’ALAT

Christophe, aujourd’hui chef PN à la Sécurité civile, a commencé sa carrière au sein de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) avant de passer dans le civil. 10 000 heures de vol au compteur et plus de 3 000 personnes sauvées. Bon pour le Guinness Book !

L’un de ses souvenirs les plus marquants a été le sauvetage de Florence Arthaud en octobre 2011 quand elle est tombée de son bateau la nuit, au large de la Corse. Il faisait nuit noire et la seule référence de la navigatrice était sa lampe frontale. Christophe est depuis une vingtaine d’années pilote au sein de la Sécurité civile, les hélicoptères jaune et rouge, le tout après une première et longue expérience de pilote militaire de l’Aviation légère de l’armée de Terre. Mais il est aussi chef du personnel navigant du Groupement hélicoptère de la sécurité civile. Un poste stratégique.

À 55 ans, Christophe est passionné par les voilures tournantes depuis son plus jeune âge, il faut aussi dire son père était gendarme. Il pensait donc aux hélicos des Forces aériennes de la Gendarmerie. Lors d’une affectation de ce dernier en Nouvelle-Calédonie, Christophe a 20 ans, il visite alors une unité aérienne des gendarmes de l’époque. Cette rencontre scelle son envie d’en faire sa profession. En 1990, il réussit les tests de sélection en vue d’obtenir l’agrément pilote et démarre sa formation de pilote d’hélicoptères à l’école de sélection ESALAT de Dax. Ses excellents résultats lui valent d’avoir le choix entre l’hélicoptère de combat ou de transport. Il opte pour le second sur Puma, déjà convaincu que les missions les plus riches sont celles aux commandes des hélicoptères de manœuvre qui peuvent partir à l’autre bout du monde en opération. Deux ans plus tard, en 1992, il est breveté pilote d’hélicoptère, et son affectation est le 7e RHC, constitué d’escadrilles d’hélicoptères Puma. Deux ans plus tard, il est affecté pour quelques mois en Yougoslavie entre 1994 et 1995, au moment de la guerre avec le Kosovo.

Plusieurs appareils mitraillés en vol

La zone est dangereuse, plusieurs fois à bord de son appareil, pourtant peint en blanc, il se fait tirer dessus. En quelques semaines, cinq hélicos sur six sont touchés. L’activité est intense : il effectue, de jour comme de nuit, des missions opérationnelles pour les troupes militaires françaises, ainsi que des missions sanitaires et d’évacuation de ressortissants français et étrangers. Christophe a notamment la responsabilité d’évacuer de Gorazdé des femmes et des enfants au moment où les tirs sont nourris entre Serbes et Bosniaques.

Il se souvient d’une de ces opérations de secours, du 24 au 26 avril 1994, pris sous le tir d’armes légères. Bref, c’était « chaud » ! En 10 ans, il est devenu un pilote opérationnel très aguerri avant de partir deux ans à Djibouti en détachement permanent. Il apprend « la poussière », le posé avec la perte progressive de visibilité quand le nuage de poussière rattrape l’appareil. De 2001 à 2005, il devient moniteur Puma, moniteur vol aux instruments et moniteur jumelles de vision nocturne à L’École d’application de l’aviation légère de l’armée de Terre au Luc en Provence. Il intervient également sur des feux de forêt en transportant une unité des pompiers. À plusieurs reprises, on lui suggère la « Sécu », il a fait toute sa carrière militaire sur Puma, tout cela est logique. D’autant que Christophe veut continuer « à servir ».

D’abord instructeur et pilote en renfort

En 2005, il frappe à la porte, mais l’institution a recruté pas mal de monde lors des derniers mois. Il n’y a pas de postes basés disponibles, donc il est affecté au centre de formation, ce qui lui permet d’attendre, tout en volant en renfort sur différentes bases. Il vole en conditions maritimes et il découvre la montagne, son expérience du posé en zone de poussière va lui servir pour la neige, aussi volatile. En 2009, un tragique accident va endeuiller la Sécurité civile avec le crash d’un hélicoptère qui intervenait pour une mission sanitaire. Après l’effroi, il faut regréer la base. Christophe est alors titularisé pour un des postes dans un environnement marqué par le doute. Il est affecté à Bastia, retrouve ses missions maritimes, la permanence, l’esprit du don de soi. En 2021, le chef PN de la Sécurité civile annonce son départ pour l’année suivante. Fin 2021, on vient le chercher pour le poste avec une base à Nîmes-Garons. Il négocie de pouvoir continuer à voler et d’être en renfort sur les bases. Il a aussi pris le poste, car il voulait que le candidat soit de la maison.

Du jour au lendemain, il devient responsable d’une centaine de pilotes et tout autant de mécaniciens de bord sur tout le territoire. Il brasse un large panel de fonctions que sa qualité d’instructeur vient appuyer. Il gère le recrutement, les conditions de travail, les process de formation, notamment avec l’arrivée des hélicoptères de dernière génération. À la moindre indisponibilité ou incapacité, on l’appelle… La charge de travail est permanente et personne ne se sentait autant d’appétence que lui pour ce poste. Il gère les mutations, est en relation permanente avec le responsable de la navigabilité des H145 de dernière génération et, surtout, il est l’adjoint du chef du Groupement des hélicoptères de la Sécurité civile. Bref, c’est la cheville ouvrière de l’institution. « La Sécurité civile est le dernier maillon de la chaîne de secours, nous intervenons là où les autres ne vont plus, de jour comme de nuit, toute l’année. C’est notre spécialité. Nos pilotes ont tous reçu des formations spécifiques, mer/montagne. Tous nos appareils sont équipés pour le secours, ce qui n’est pas le cas de nos collègues des Forces aériennes de la Gendarmerie. Leur première mission est la police judiciaire. Nous sommes présents sur trente bases en été, mais surtout, nous sommes capables lors d’un gros événement de mobiliser plusieurs appareils, tout le monde est IFR et qualifié Jumelles de vision nocturne », explique Christophe qui continue d’intervenir sur le terrain. Il a dépassé les 10 000 heures de vol, son carnet de vol est riche : plus de 2300 heures de nuit à son actif, plus de 3500 missions de secours et de sauvetage, 7 900 treuillages dont 1 800 de nuit pour secourir presque 3 600 personnes. Un vrai candidat pour le Guinness des records.

Sauveteur de Florence Arthaud

Il garde en mémoire des moments particuliers de sa vie opérationnelle. Le sauvetage de Florence Arthaud, le 30 octobre 2011, reste une intervention particulière. L’histoire est connue. Florence tombe de son voilier l’Argade II, sans veste de flottabilité. Grâce à son téléphone placé dans un sac étanche, elle appelle sa mère et son frère qui relaient la demande auprès du CROSS qui sollicite la Sécurité civile. Le bateau, lui, a continué sa route. On dépêche Christophe sur les lieux, une mauvaise information le fait chercher au mauvais endroit. Après recalage et géolocalisation où le téléphone a borné, il arrive sur site. Il fait nuit noire, la mer est formée. En général, on ne retrouve pas les naufragés de nuit hors de leur bateau… Seule la frontale de la navigatrice est visible d’assez loin sous JVN. Au lieu de se placer au-dessus et de prendre le risque de perdre ses repères (le bateau n’est plus là), il applique la méthode de la Marine nationale. Il reste en retrait pour ne pas perdre le point lumineux et envoie un plongeur nager jusqu’à Florence. Une fois le contact établi, l’équipage commence lentement l’hélitreuillage tout en s’éloignant pour reprendre de l’altitude et atteindre la vitesse minimum de sécurité. Dans une eau à 15°, l’hypothermie est le principal danger ; une heure de plus et la navigatrice n’aurait pas survécu.

Dans une situation similaire, Christophe se souvient encore d’un sauvetage dantesque en novembre 2023 : une femme enceinte en détresse a été hélitreuillée depuis un navire bloqué en mer par une tempête avec des vents soufflant à 100 km/h. Cette intervention permettra la survie de la future maman et du bébé.

Dans l’avenir, Christophe Sauli envisage de rester à son poste encore 4 ans avec un choix possible de retourner sur base après cette période très intense. Il garde bien à l’esprit que voler va lui demander de plus en plus de ressources physiques, même s’il reste un passionné de la première heure. Le plus gratifiant pour lui est de se dire qu’il a aidé les autres.

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Ce portrait est extrait du hors-série dédié aux formations et métiers de l’aérien d’Aviation et Pilote qui est aussi l’organisateur du Salon des formations et métiers aéronautiques.

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