Chef d’équipe voilure

 Chef d’équipe voilure

Ja fais voler du bois !

Axelle Thomas est passionnée par le bois, ce qui l’amène à faire un CAP Ébénisterie d’art, puis un BEP et un bac pro Technicien menuisier agenceur. À la sortie de ses études en 2015, elle trouve un emploi dans la menuiserie numérique où elle fera essentiellement de la découpe : « Pas très intéressant. » Norbert Vernot, un ami de la famille qui travaille chez Robin Aircraft, la pousse à venir visiter l’entreprise : « On y fait des avions, ça fait 40 ans que j’y suis, viens et tu verras. »

C’est une découverte pour Axelle qui n’imaginait pas qu’un avion puisse être fait que de bois ou presque. En circulant dans l’atelier, elle passe devant une aile : « Vous voulez m’embaucher pour faire ça ? ! » Impensable selon elle. Elle a 19 ans, elle sort d’école et « n’a pas envie de tuer quelqu’un… ». Mais Norbert, qui connaît ses qualités, l’incite à postuler. En mai 2016, elle intègre l’équipe comme menuisière aéronautique. Constituée essentiellement de cinquantenaires, ceux-ci sont heureux d’accueillir une femme en leur sein, synonyme de minutie et rigueur.

Axelle commence par fabriquer de petites pièces comme les nervures, mais on a vite besoin d’elle sur les voilures. Elle entre dans le vif du sujet sous l’œil attentif de Norbert qui lui apprend le métier. Longerons, caissons, nervures : il faut deux semaines environ pour fabriquer et monter la structure d’une aile de DR401, qui partira ensuite à l’entoilage. Axelle travaille avec des machines basiques comme le rabot, la râpe, la raboteuse, la scie radiale, à ruban, à panneaux, l’entureuse, la dégauchisseuse, etc. et manie différents bois : le pin d’Oregon, l’épicéa, le hêtre, le frêne, et des contreplaqués. Tous ces éléments, ainsi que la colle, sont testés à leur réception pour vérifier s’ils respectent les normes aéronautiques.

Faire voler du bois : un savoir-faire

Axelle reprend à son compte cette tâche pour décharger son chef d’atelier. « Je n’avais jamais fait ça à l’école : manipuler des éprouvettes et effectuer des tests d’humidité, de compression… Sur une réception, près de la moitié du bois est rebutée, car mauvais pour la fabrication d’un avion. Ceux-ci sont très différents selon les espèces. Cela m’a aussi permis de mieux comprendre comment ils se comportent, notamment au niveau de leur résistance. » On est en 2018 et elle passe chef d’équipe. Ils sont alors six personnes en menuiserie.

« J’aime sentir la matière sous mes doigts. Comme le disait un ancien : le savoir-faire est dans les mains. » Mais il arrive qu’à la fin de la journée, elles se crispent. Il faut aussi porter un masque lorsqu’ils collent, il y a du bruit, certaines charges sont un peu lourdes… Du reste, on la place sur un autre poste en menuiserie lorsqu’elle est enceinte. Pour autant, Axelle ne ferait pas autre chose : « On arrive à faire voler du bois, c’est incroyable ! Quand j’ai vu mes premières ailes voler, j’étais fière. Je le suis encore. » À son retour, c’est un peu compliqué. « Perfectionniste, je me mettais la pression. J’avais peur d’avoir oublié… » Ce n’était pas le cas, mais elle confirme sa position de chef d’équipe – et de bras droit du chef d’atelier – en suivant le cursus consacré auprès de l’UIMM.

Ils sont dorénavant quatorze en menuiserie. Ses tâches ont un peu évolué, car elle est exclusivement sur la voilure, alors qu’au fil des années, elle avait pris l’habitude de jeter un œil sur tout. Aujourd’hui, il y a aussi un chef d’équipe fuselage et un autre pour les gouvernes qui a récupéré les essais des matériaux. Le challenge actuel est de fabriquer et d’assembler deux voilures en parallèle. Axelle est en train de former quelqu’un. « Parfois, c’est mal accepté que je sois une femme, en plus jeune, qui donne des ordres. Mais je connais bien mon sujet et mon savoir-faire parle pour moi. » Son but est de continuer d’apprendre et de connaître toutes les autres facettes d’un avion : « J’ai envie de savoir construire un avion de A à Z en menuiserie. »

Ce portrait est extrait du magazine Aviation et Pilote, premier mensuel indépendant français d’information sur l’aviation générale, qui traite également de l’aviation commerciale et de l’aviation d’affaires à travers ses rubriques : 12 numéros par an + 1 hors-série dédié aux formations et métiers de l’aérien. Aviation et Pilote est aussi organisateur du Salon des formations et métiers aéronautiques.

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